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  •   06.78.19.22.20

Déprime ou optimisme

En ces temps de mauvaises nouvelles qui fusent de partout, l’optimisme est une disposition d’esprit utile qui consiste à voir le bon côté des choses (le verre à moitié plein) et à placer assez de bons espoirs dans l’avenir pour avoir envie d’entreprendre.

Un degré supplémentaire d’optimisme consiste même à percevoir derrière l’apparent mauvais côté des choses (le verre à moitié vide) la possibilité que des effets bénéfiques puissent éventuellement en résulter (le champagne pétillant d’un nouveau départ venant combler l’espace vide de la perte).


1 – Une disposition naturelle oubliée

deprime-optimisme-2Nous avons en mémoire le « Candide » de Voltaire à l’optimisme indestructible, n’ayant à la bouche qu’une maxime en face de chacun de ses malheurs : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Exil, guerre,  tremblement de terre de Lisbonne, inquisition, coups, esclavage, rien ne pouvait abattre le moral de ce personnage bien instruit par son Maître Pangloss que « les malheurs particuliers font le bien général ».

Dans un autre genre d’excès, certains au lieu de se déclarer satisfaits des catastrophes qui leur arrivent, prennent le parti de les provoquer en supposant que rien ne peut leur arriver. Trop sûrs d’eux, ils négligent les consignes de sécurité sur la route, prennent des risques inconsidérés en montagne. Tout va bien se passer, je suis bon, je maîtrise. Voilà un excès de confiance en soi qui ne prend pas en considération le contexte, les aléas et circonstances extérieures pouvant survenir à tout moment.

Du moins, ces deux formes d’optimisme font elles des personnages heureux de vivre et entreprenants.

A l’opposé, le pessimisme ambiant qui semble habiter un grand nombre d’esprits aujourd’hui, tout spécialement dans notre pays est remarquable et tout à fait paralysant. Il existe, bien sûr, de nombreuses raisons d’être inquiet, à propos des crises économique, écologique et sanitaire, des tensions internationales, etc. Dans une époque où la croyance en un progrès continu est définitivement enterrée, les perspectives d’enrichissement et d’amélioration du bien-être s’amenuisent et voilà que l’on se retrouve devant un présent peu enchanteur et « sans avenir ». La déprime guette. La dépression n’est pas loin.

Peur de l’avenir ? Peur de perdre ses avantages, son niveau de vie, son confort, ses acquis et  manque de projection dans le futur. En résultat, la tendance naturelle est de vouloir projeter ou maintenir de l’identique dans l’avenir, en se fermant au changement, et donc aussi aux perspectives de renouveau. Et comme il n’existe aucune certitude de parvenir à se conserver au formol pendant encore 40 ans, une sourde inquiétude lamine nos forces vives. Nostalgie d’un peuple trop heureux ?

L’absence de vision du futur

deprime-optimisme-1Il est difficile d’avancer dans la vie sans une vision ou du moins une espérance du futur. Se projeter dans l’avenir fait partie de l’expérience humaine. Sans motivation, pas d’action.

Le pessimisme peut être une stratégie réussie de ne jamais se mettre personnellement en échec. En n’essayant jamais, en proclamant notre impuissance face aux pouvoirs politique, administratif, économique ou aux difficultés relationnelles, nous sommes gagnants à tous les coups. Cette stratégie qui fonctionne comme une auto-prédiction a cependant peu de chance de nous rendre heureux.

Le pessimisme ralentit les projections vers l’avenir, sauf sous leurs formes les plus négatives. Nous n’osons pas nous imaginer dans le futur, de crainte que notre confiance nous joue des tours ; s’aventurer dans une expérience nouvelle nous paraît un défi trop grand. La peur de l’inconnu nous maintient là où nous sommes puisque le connu est pour nous une forme de sécurité.

Les sentiments d’angoisse, de peur montrent leur utilité dans le court terme ; ils nous évitent de nous précipiter dans n’importe quelle situation sans en envisager les risques éventuels. La peur agit comme un signal d’alarme qui mobilise en nous les réponses permettant d’échapper au danger. Elle débouche cependant sur un répertoire assez limité de comportements : fuite, attaque ou attente qui visent tous à la conservation. Maintenir ce que nous sommes, les structures de l’existence dans lesquelles nous évoluons en terrain connu. Ces trois réactions ne créent rien de nouveau et tendent à nous corseter dans une attitude de crispation, de fermeture.  

Dans l’aventure de long terme qu’est la vie en revanche, l’optimisme nous permet d’avancer, de développer de nouvelles stratégies, de nouvelles ressources, des projets, des expériences, de nous rassurer sur notre capacité d’action et de maîtrise. Chaque réussite nous conforte dans notre capacité à être heureux. C’est une façon d’accéder à l’auto-actualisation ou réalisation de soi, finalité de l’expérience humaine selon Maslow ou Jung.

Le sentiment d’une perte de pouvoir

deprime-optimisme-6La psychologie positive développée depuis les années 2000 à l’Université de Pennsylvanie insiste sur le rôle des émotions positives pour ouvrir des perspectives nouvelles, permettre la créativité, et faire des gens heureux. La joie, l’enthousiasme, la confiance nous ancrent dans la vie tout en nous donnant l’envie d’avancer.

La théorie de « l’impuissance apprise » développée par Martin Seligman, le principal fondateur de la « psychologie positive », explique que la conviction de ne pouvoir influer sur les événements et sur sa propre vie favorise la dépression. Découragement, voire passivité peuvent s’en suivre. Le pessimisme est une attitude mentale qui tend à voir le futur comme un simple prolongement du présent, et donc à croire, tout comme Pangloss mais avec un effet inverse, que les mêmes causes engendrent les mêmes effets et que donc, ayant échoué à obtenir le succès ou le bonheur dans le passé, je suis condamné à toujours échouer puisque c’est moi qui suis à l’origine de l’échec.

L’optimisme peut être une disposition innée mais il peut aussi s’apprendre en changeant son interprétation du monde. Le pessimisme est en effet moins relié à l’affectif, à l’émotionnel ou aux traumatismes subis qu’il ne l’est au raisonnement, au langage, à la mémoire… Il est en quelque sorte fabriqué au niveau du mental et c’est donc à ce niveau, en réexaminant nos informations et nos perceptions, que l’on peut agir. « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté » disait Winston Churchill. C’est bien d’un changement de regard qu’il s’agit.

C’est en définitive dans le présent que l’on fabrique l’optimisme.

2 - Si nous ne montrons pas de disposition naturelle à l’optimisme, du moins pouvons-nous l’acquérir. Comment devient-on optimiste ?

Cultiver notre présence au monde

Cela se passe dans le mental et le mental est dominant chez beaucoup de Français. Mais le mental laissé à lui-même est sec, plutôt ratiocineur, peu inventif. Comme on ne peut pas s’empêcher de penser, le cerveau tourne à vide, mouline les mêmes idées qui tournent en boucle, faute de se transformer en actes qui canaliseraient et calmeraient cette énergie mentale. De neutres et pas très colorées, les pensées deviennent vites grises et puis noires. Et l’on finit par les prendre pour la réalité. On se tourne un film d’horreur et l’on finit par y croire. Sûrement les choses vont se passer comme cela, ça va être affreux, certainement, je vous le dis… Bref, la déprime guette.

Alors, avant que la déprime ne s’installe, il est conseillé d’introduire une petite dose de cœur dans le mental pour donner de la couleur, de la substance, produire des pensées nutritives. Porter une attention plus soutenue à des ressentis agréables, bouger,  rentrer dans son corps, danser, faire quelque chose qui nous donne le plaisir simple et immédiat de la maîtrise de nos mouvements…

Ou bien si le temps des loisirs vous manque, concentrez-vous sur une tâche que vous êtes en train d’accomplir : préparer un repas, peindre, bricoler. Soyez pleinement présent à ce que vous faites, au progrès de l’action en cours, à la couleur et à la consistance des légumes que vous épluchez pour votre salade, aux pigments que vous assemblez sur votre palette, à la lisse dureté du manche de l’outil… jusqu’à être pleinement présent et en éprouver une véritable satisfaction.

La présence totale au présent est un moment plein et positif qui annihile l’angoisse d’un futur à venir ou l’obsession d’un passé qui devrait être… passé.

Cultiver des émotions positives

deprime-optimisme-5Les émotions positives telles l’espoir, l’enthousiasme, la joie, ouvrent de larges fenêtres sur le monde. Elles pacifient le cœur et ouvrent l’esprit qui se montre dès lors plus apte à percevoir les opportunités qui se présentent et plus apte à opérer des choix constructifs et positifs pour son avenir. L’accès à nos ressources s’en trouve facilité, et nos actions feront preuve d’un répertoire infiniment plus divers.

Poser le verre à demi vide et ouvrir la fenêtre de son esprit à l’air frais du dehors, absorber les rayons de soleil dans tout notre organisme, revenir à la vie.

La crise a tué la croyance dans le progrès développée par l’Occident depuis les philosophes des Lumières ? A bien y regarder, cependant, cette croyance reposait sur la confiance dans l’aptitude de l’être humain à faire son propre bonheur et à s’améliorer. Il n’existe donc pas de raison valable d’y renoncer.

Trois clés utiles pour cultiver cette aptitude au bonheur :

. La première clé consiste à se demander ce que l’on souhaite obtenir de notre vie. Choisir de préférence quelque chose d’agréable ou de désirable, dont la réalisation ne dépend que de nous. Pour éviter les déconvenues, il est de bonne stratégie de « ne mettre d’espoir qu’en soi-même » disait Virgile.
 
. La seconde clé est de faire un premier pas pour l’obtenir. Chaque succès alimente l’optimisme et la motivation pour continuer. Et chaque pas, même s’il constitue un relatif échec, nous prouve au moins notre capacité à agir sur la réalité.

. Et la troisième clé consiste à … continuer, persévérer car « l’espoir est le pilier du monde », dit un proverbe africain. L’optimiste ne tire jamais de conclusions définitives du désastre du présent. Il continue sa route et l’espoir est son moteur.


Et trois petites techniques :

- sourire à la vie, comme le font les enfants à la découverte d’un visage nouveau. Copier leur aptitude à la curiosité et à la joie de la découverte.  

- choisir des attitudes physiques d’ouverture :
Voir « J’ai failli foirer ma vie »: http://www.youtube.com/watch?v=mYrvRJMIAQE

- défier nos perceptions, puisque notre réalité est celle que nous nous construisons. La physique quantique affirme que le regard de l’observateur est déterminant, il peut changer une particule en onde. Testons :
« C’est la crise, rien ne va plus ! »
. Rien ne va plus, vraiment ? partout ? toujours ?
. N’y a- t-il pas quelque chose qui a bien en moi ou autour de moi ?
. Et dans ce que je déplore, qu’est-ce qui pourrait aller mieux si moi et mes alliés, partenaires, etc, apportaient leur savoir-faire, leur enthousiasme, leur espoir, leur ambition ?


L’optimisme est une attitude active et courageuse. Plutôt que de tout attendre des autres et de la vie, et de déprimer si on n’obtient pas ce que l’on espère, l’optimiste opte pour une confiance délibérée dans les retournements de l’histoire, appuyée sur des actions concrètes, susceptibles d’infléchir la situation vers une issue positive.  Il développe confiance et enthousiasme à aller de l’avant.

Regardez bien, il y a toujours quelque chose à faire pour que les choses aillent mieux.